Imam Ahmad ibn Hanbal a interprété « Wa jaa’a Rabbouka » (rapporté par as-Sa’idi)

Page de titre de al-Jawhar al-MuhsalPage de al-Jawhar alMuhsal

Dans sa biographie de l’imam Ahmad, le savant hanbalite as-Sa’idi a dit, dans le chapitre de la croyance de l’imam Ahmad l’histoire suivante:

« Il suivait en cela le madh-hab du salaf, avec le fait de déclarer l’Exemption de ALLAH [de toute ressemblance] et avec le reniement de tout anthropomorphisme, et il est même arrivé qu’il interprète dans certaines situations. Hanbal (le fils de l’oncle paternel de l’imam Ahmad) a dit: J’ai entendu le fils de mon oncle dire : « Ils [les mou’tazilah] ont utilisé comme preuve contre moi, le jour du grand débat, en disant: « Au jour du jugement, Sourate al-Baqarah va venir, et Sourate Tabaaraka va venir! [Explication: c’est-à-dire que les Mou’tazilah se sont basés sur ce hadith pour dire que le Qour’an créé, ce que l’imam Ahmad ne voulait PAS dire, et leur soi-disant preuve pour dire que le Qour’an est créé était que dans ce hadith on dit bien que telle et telle sourate vont VENIR, donc cela prouverait, selon eux, que les sourates sont créées, puisqu’elles vont se déplacer.] Je leur ai dit : « C’est la récompense [qui viendra], [en effet] Dieu dit « wa jaa’a Rabbouka wa l-malakou saffan saffaa« ; et certes c’est la manifestation de Sa puissance qui viendra [qoudratouhou]. Le Qour’an est plein de métaphores, et d’exhortations, d’ordres, d’interdictions, et autres… » [Explication: c’est-à-dire que l’imam Ahmad leur a répondu: dans le Qour’an Dieu dit de Li-même : « Wa jaa’a Rabbouka », allez-vous donc dire que cela veut dire que Dieu se déplace (Imam Ahmad savait qu’ils ne disent pas que Dieu se déplace)? C’est un moyen de leur dire : »Nous savons que ce n’est pas le sens ici ». De plus il a expliqué que lorsqu on dit que « Sourate al Baqarah et Tabaaraka vont venir » c’est simplement pour dire que les récompenses du fait d’avoir lu ces sourates vont venir.]

Points à retenir de cette citation:

  • L’imam as-Sa’idi est mort en 900 de l’Hégire soit il y a plus de 500 ans. C’est un hanbalite et ce livre est spécialement dédié à la vie de l’imam Ahmad ibn Hanbal.
  • L’imam as-Sa’idi commence le chapitre de la croyance de l’imam Ahmad par décrire la croyance du Salaf, et par le fait que l’imam Ahmad a interprété.
  • On voit aussi que l’imam Ahmad n’a interprété que parce qu’il y avait un besoin, c’est-à-dire il a eu besoin d’un argument contre un groupe égaré, et cela l’a forcé à détailler comment il comprenait le verset « wa jaa’a Rabbouka ». Dans autre que ce type de situations, le Salaf n’interprétait pas de manière détaillée, juste de manière générale (en disant qu’il ne faut pas prendre le sens apparent)
  • Cette interprétation est également rapportée par Ibn Kathir (dans ce site), qui le rapporte de al-Bayhaqi, qui dit que cette chaîne est incontestable.

Imam al-Qourtoubi interprète hadith al-Jariyah

Titre at-Tadhkar Qourtoubipage 22 tadhkar qourtoubiPage 23 tadhkar qourtoubi

L’imam al-Qourtoubi a dit dans son livre at-Tadh-kar fi Afdal al-Adhkar , pages 22 et 23:

« Parce que tout ce qui est dans les cieux et sur terre et ce qui est entre eux est une création de Allah ta’aala et Lui appartient, et si il en est ainsi , il est donc impossible que Allah soit dans les cieux ou sur terre, car s’Il était dans quelque chose Il serait circonscrit ou limité, et s’Il était ainsi, Il aurait été créé. Ceci est la voie des gens de la vérité .

Et [on suit ] la même règle pour Sa parole « A amintoum man fis-samaa’ » et sa parole sallallahou alayhi wa sallam [c’est-à-dire la parole du Prophète] à la femme esclave : »Aynallaah » et elle a répondu « fis-samaa’  » et il ne l’a pas contredit, et ce qui est de cet ordre, ce n’est pas selon le sens apparent mais c’est interprété avec des interprétations correctes, qui sont très nombreuses dans les livres des gens de science »

Points à retenir de cette citation:

  • L’imam al-Qourtoubi est mort en 671 de l’Hégire soit il y a plus de 700 ans. Il est très connu pour son Tafsir, éxégèse du Qour’an.
  • Ici il dit clairement que comme il y a un verset qui signifie que tout ce qui est dans les cieux et sur la terre appartient à Dieu, et que ce sont des créations, alors Dieu n’est ni dans le ciel ni sur terre car sinon Il serait limité, et il dit que les textes qui donneraient l’impression du contraire ne sont pas à prendre selon leur sens apparent et ont déjà été expliqués avec des interprétations correctes et nombreuses.

al-Hafidh Ibn Hajar al-Asqalani explique comment comprendre Hadith an-Nouzoul

Page de titre générale de Ibn Hajar FathTitre Ibn Hajar Fath vol 3 realPage 22 vol 3 FathPage 23 vol 3 FathPage 24 vol 3 Fath

L’imam Ibn Hajar al-Asqalani, en expliquant une des versions du hadith dU Prophète Mouhammad sallallaahou ‘alayhi wa sallam, appelé hadith an-Nouzoul (et qui donnerait l’impression de Dieu descend du ciel toutes les nuits), dans son livre Fath al-Bari, volume 3, page 23 (vous trouverez ci-dessus les pages 22 et 24 uniquement pour le contexte, mais la phrase se trouve page 23):

« Quant à sa parole « Yanzilou Rabbouna ‘ila s-Samaa’i d-Dounya« , les anthropomorphistes (mouchabbihah) se sont basés dessus pour confirmer une direction à Allah et ils disent que c’est la direction du dessus (al-oulouww) et cela a été renié par les savants (al-joumhour), parce que parler ainsi revient à limiter Dieu, qui est exempt de cela. Puis les gens ont divergé sur le sens de an-nouzoul : certains l’ont pris selon le sens apparent et en réalité , ce sont les anthropomorphistes (al-Mouchabbihah), et Allah est exempt de ce qu’ils disent. Certains ont carrément nié la véracité de tous les hadiths parvenus à ce sujet, ceux-là sont les Khawarij et les Mou’tazilah et ceux-là sont vraiment étonnants parce que d’un côté ils interprètent ce qui est parvenu dans le Qour’an qui est du même ordre, et d’un côté ils renient ce qui est parvenu du hadith soit par ignorance, soit par entêtement. Certains sont passés sur ces textes comme ils ont été révélés en y croyant dans leur globalité et en exemptant Allah du comment des anthropomorphistes, et ceux-là sont la majorité des savants du Salaf . [Par ailleurs], al-Bayhaqi ainsi que d’autres, ont rapporté des quatre imams, des deux Soufyan, des deux Hammad, de al-Awza’i, de al-Layth, et d’autres, qu’ils ont interprété ce texte selon ce qui est digne de Allah et qui est utilisé dans la langue des Arabes. Certains autres sont allés tellement loin dans l’interprétation que cela revenait à une sorte de distortion. Certains autres ont fait la différence entre ce qui est une interprétation « proche » c’est-à-dire utilisée dans la langue des Arabes, et ce qui serait éloigné, et par conséquent, ils ont interprété dans certains cas et ils ont fait le tafwid [laisser le sens à Allah] dans certains cas, et cela a été rapporté de l’imam Malik .Il a été confirmé par Ibn Daqiq al-Id, de parmi les savants de la nouvelle génération, que al-Bayhaqi a dit que la plus saine [de toutes ces voies] est d’y croire sans comment et de passer sous silence ce qui est visé. »

Points à retenir de cette citation:

  • L’imam Ibn Hajar al-Asqalani est mort en 852 de l’Hégire, soit il y a plus de 500 ans.
  • Son commentaire de Sahih al-Boukhari, qui s’appelle “Fath al-Bari” est un livre incontournable pour tout étudiant en science de religion et pour tout savant.
  • Ici, il dit clairement que ceux qui prennent ce hadith selon son sens apparent ce sont les anthropomorphistes, c’est-à-dire ceux qui font ressembler Dieu à Ses créatures. Il dit aussi que des interprétations ont été rapportées des savants du Salaf tels que les fondateurs des 4 écoles par exemple.

Imam al-Khattabi explique que Dieu n’est pas attribué d’un oeil ou d’une oreille

Titre de Abu Dawud Charh KhattabiPage 97 du volume 5 de Abou Dawoud

L’imam al-Khattabi, dans son commentaire du recueil de hadith de Abou Dawoud, volume 5 page 97 a expliqué comment comprendre le fait que le Prophète aurait montré son oreille du doigt en disant que Dieu entendait. Il a dit:

« La signification est : la confirmation de l’attribut de la vue et de l’ouïe au sujet de Allah -qu’Il soit exalté de toute imperfection-, et non la confirmation de l’oreille et de l’œil car ce sont des organes, et Allah est attribué d’attributs , et Il est exempt de ce qui n’est pas digne de Lui de parmi les attributs des êtres humains et de ce qui est de la sorte, non dans le sens qu’Il aurait des organes, des parties ou des divisions [il cite le verset qui signifie] : « Rien n’est tel que Lui, et Il est Celui qui entend et qui voit ».

Points à retenir de cette citation:

  • L’imam al-Khattabi est mort en 388 de l’Hégire soit il y a plus de 1000 ans.
  • Ici il dit clairement que Dieu n’a pas d’oeil ni d’oreille. Cela montre bien que ce n’est pas la même chose de dire que Dieu voit SANS INSTRUMENT et SANS COMMENT et de dire que Dieu a un oeil. Attribuer un oeil a Dieu c’est Lui attribuer un organe (le mot ayn dans le Qour’an est employé dans des expressions précises que les Arabes comprennent, pour plus d’infos cliquez sur « ayn » dans les catégories ou dans le Lexique…). Alors que si vous dites « Dieu voit sans comment » et « Il voit une fourmi noire sur un rocher  noir dans la nuit noire« , on comprend tout de suite que Sa vue n’est pas limitée. Avoir besoin d’un instrument pour voir, cela limiterait Sa vue.

Ibn al-Jawzi explique Hadith ad-Dahak (dont le sens apparent serait que Dieu aurait ri)

Page de titre de Daf’ Choubah at-TachbihLa page 41 de Daf

Dans son livre Daf’ Choubah at-Tachbih contre les gens qui prétendent être Hanbalites mais qui ont des croyances déviés, Ibn al-Jawzi a dit, page 41:

« Sachez que le mot « Dahak » (littéralement, « rire » ) dispose d’un certain nombre de significations qui sont liées à la « clarification » et au fait de « montrer ». Quand quelqu’un révèle quelque chose qui était caché, on dit de lui: « Dahaka » [littéralement, cela signifierait « rire », ]. On dit, par exemple : « la Terre dahakat » lorsque de la végétation se montre en elle, et qu’elle donne des fleurs . C’est la même chose quand il est dit: « Le ciel a pleuré « . Le poète a dit:  » Chaque jour de la Terre avec des rires Une nouvelle marguerite » (c’est-à-dire que la Terre REVELE une nouvelle fleur tous les jours, à partir des « pleurs » du ciel).

Le rire qui saisit les gens est simplement une référence au fait que lorsque quelqu’un rit, les dents, qui sont cacheés par la bouche, sont révélées, montrées.. Mais cela est impossible à l’égard de Dieu, glorifié et Exalté soit-Il. Par conséquent, il est obligatoire de considérer ce hadith comme signifiant: «Dieu manifeste Sa générosité et Sa bonté». »

A la fin de son explication sur ce point, à la page suivante (p.42), voilà comment il commente l’état de ceux qui sont allés même plus loin et ont attribué une molaire à Dieu:

La page 42 de Daf’

« Nous sommes très étonnés [cad lui]. Il a confirmé un attribut à Dieu sur la base d’un hadith qui n’a qu’un seul rapporteur (hadith ahad) et dont les mots ne sont même pas corrects! Il a confirmé une molaire au sujet de Dieu! Celui-là, il n’a rien à voir avec l’Islam! »

Points à retenir de cette citation:

  • L’imam Ibn al-Jawzi est mort en 597 de l’Hégire soit il y a plus de 800 ans!
  • Il a écrit ce livre spécialement contre le gens qui se prétendent hanbalites mais qui comprennent mal les textes. Notez que son livre est en arabe et est fait pour être lu par un public arabe.
  • A la fin du livre il déclare les gens qu’ils dénoncent dans son livre comme n ‘étant pas des musulmans [disponible dans ce site]

Imam an-Nawawi interprète « hadith an-Nouzoul » (le hadith dont le sens apparent serait que Dieu descend)

Titre Char Sahih Mouslim volume 6La page 269 volume 6 de Charh Sahih Mouslim

Imam an-Nawawi a écrit un commentaire du recueil de hadith de l’Imam Mouslim. Lorsqu’il en vient au chapitre de la prière, et qu’il doit expliquer le hadith dont le sens apparent est que Dieu descendrait au troisième tiers de la nuit, et qui commence par « Yanzilou Rabbouna ila s-samaa’i d-dounya », il dit:

Ce hadith fait partie des hadiths qui traitent des attributs de Dieu. Il y a, au sujet de ces hadith, deux voies principales (madhhab) au sujet de la croyance, que nous avons déjà clarifiées dans le livre au sujet de la Foi [cad le chapitre de la Foi dans le recueil de hadith de Mouslim], et le résumé en est: l’un de ces madhhabs est: le madh-hab de la plupart des Salaf, et de quelques-uns des moutakallimoun [c’est-à-dire des théologiens, qui sont venus après le salaf], qui consiste à croire en ces textes comme étant véridiques, en fonction de ce qui convient à Dieu, et que leur sens apparent (dhahiriha) que nous connaissons n’est pas le sens visé, et évitant de parler de son interprétation, avec la conviction que Dieu est exempt des attributs des créations, et entièrement exempt du mouvement, du déplacement, et du reste des autres états de la création.

La seconde voie est le madh-hab de la plupart des moutakallimoun et d’une partie du Salaf, et qui est rapportée de Malik, et d’al-Awza’i: cela consiste à interpréter les textes en fonction de ce qui est digne de ALLAH. Ils l’ont fait et ils ont interprété ce hadith avec deux explications: l’une d’entre elles est un ta’wil par Malik ibn Anas et d’autres, qui a dit: ce sont Sa Miséricorde (rahmah), Son Ordre (amr) et Ses anges qui descendent, comme on peut dire: « le sultan a fait ceci » alors que cela a été fait effectivement par des personnes sous son commandement [et non par lui personnellement] ». Le deuxième type d’explication est que ceci est au sens figuré, c’est-à-dire que le sens serait que ceux qui invoquent seront acceptés, et qu’il seront exaucés et recevront des « bonnes choses » (al-lotf).

Points à retenir de cette citation

  • L’imam an-Nawawi est mort en 676 de l’Hégire soit il y a plus de 700 ans. Il venait de Nawa qui est un village à environ 80km de Damas. Il n’ a donc pas écrit cela pour réfuter Ibn Taymiyya (qui devait avoir 15 ans lorsque an-Nawawi est mort puisqu’il est né en 661 de l’Hégire) ou les Wahhabites (apparus au douzième siècle de l’Hégire).
  • C’est lui qui a écrit « le Jardin des vertueux  » ( Riyad as-Saaliheen) et le recueil des 40 hadith si connus. C’est un grand savant qui ne s’est pas TROMPE sur les noms et les attributs de Dieu. Il a toujours été considéré comme un GRAND savant.
  • Il a résumé deux voies correctes pour aborder ce type de texte et elles ont toutes les deux en commun de ne pas prendre le sens apparent de ces textes.
  • Il rapporte des interprétations faites par des savants du Salaf. En gros, c’est pour dire que parfois le sujet d’un verbe n’est pas celui qui fait l’action, comme quand on dit en arabe « Banal-Amirou l-Madinata » cad, littéralement « Le prince a construit la ville » alors qu’il n’a pas mis lui-même les pierres les unes sur les autres. Mais on peut mettre « le prince » en tant que sujet de « construire » dans la phrase parce que c’est lui qui a ordonné que la ville soit construite. Eh bien ici c’est le même raisonnement, cad que « Rabbouna » est sujet de « Yanzilou » mais cela ne veut pas dire que c’est Dieu qui descend. C’est une façon de parler en arabe (et même en Français ça marche, comme si on dit « La mairie de Paris a construit deux écoles on sait bien que ce n’est pas Delanoë qui est parti les construire mais il l’a ordonné)…. Donc voilà une des interprétations possibles.