Fatwa récente de al-Azhar (2005) qui explique que la croyance unanime des musulmans c’est que Dieu existe sans endroit

L’université islamique al-Azhar possède un site Internet sur lequel les gens peuvent poser des questions. Récemment (en 2005), quelqu’un a demandé ce qu’il en était par rapport à la croyance en Dieu car lui a toujours appris que Dieu existe sans endroit, et le Conseil de Fatwa lui a répondu que la croyance unanime des musulmans c’est que Dieu existe sans endroit. Voici la question et la réponse, tirées de leur website (leur website changé fréquemment de couleur et de présentation):

Début de la fatwa de al-AzharFin de la fatwa de al-Azhar

Question:

Je suis étudiant à la faculté de la Shari’a. J’ai appris et étudié dans la science de la croyance (‘aqida) que Dieu existe sans endroit et n’est point limité par aucune direction. Prière de m’éclairer à ce sujet, car il y a des gens qui s’en prennent à la croyance de al-Azhar.

La réponse du Conseil des Fatwa en date du 6 décembre 2005:

L’un des principes immuables de la croyance (‘aqida) des musulmans est que Allah n’est point circonscrit dans un lieu et n’est point limité dans le temps. En effet, le lieu et le temps sont deux créatures, et Allah – exalté soit-Il – est exempt du fait d’être entouré par une de Ses créatures.  Il est, au contraire, le Créateur de toute chose et Il englobe parfaitement toute chose [par Sa science]. Cette croyance fait l’unanimité des musulmans, et nul parmi eux ne la rejette.

Les savants exprimèrent cela en disant : « Allah existe [de toute éternité] alors que n’existait aucun lieu, et Il est comme Il [a toujours été] avant la création des lieux, sans le moindre changement. »

Parmi les expressions que nous tenons de nos pieux prédécesseurs [les savants du Salaf] figure cette parole de l’imam Ja’far as-Sadiq : « Celui qui prétend que Allah est dans quelque chose, ou issu de quelque chose ou au-dessus de quelque chose, aura adoré autre que Allah, car s’Il était dans quelque chose Il serait limité, s’Il était sur quelque chose, Il serait porté, et s’Il était  issu de quelque chose, Il serait entré en existence, cad qu’Il serait une créature ».

Quelqu’un demanda à Yahya ibn Mu’adh ar-Razi : « Parle-nous de Dieu – exalté soit-Il –. »

Yahya ibn Mu’adh ar-Razi dit : « Un Dieu unique. »

On lui dit : « Comment Il est ? »

Yahya rétorqua : « Un Seigneur tout-puissant. »

On lui dit enfin : « Où est-Il ? »

Yahya répondit [par une phrase qui signifie]: « Il connait les injustes et les punit »

La personne qui l’interrogeait objecta : « Ma question ne porte pas sur cela ! »

Alors Yahya lui dit : « Ce qui est autre que cela est un attribut de la créature. Quant à Ses attributs, ils sont tels que je viens de les évoquer. »

On demanda à Dhou n-Noun al-Misri, que Allah l’agrée, au sujet de la parole de Dieu – exalté soit-Il – : « le Tout-Miséricordieux « istawa » sur le trône. » [1] il répondit : « Il affirma Son Être et nia toute localisation à son sujet, car Il existe de par son Être tandis que toute chose, par Sa sagesse, est conforme à Sa volonté. »

Pour ce qui est des textes rapportés du Livre ou de la Sounnah qui indiquent [un mot dont le sens qui vient immédiatement à l’esprit est] l’ « élévation » de Allah par rapport à Ses créatures, il s’agit de l’élévation du rang (makaanah), de l’honneur (charaf), de l’emprise (haymanah), et de la domination (qahr) [et non une élévation physique]. Il est – exalté soit-Il – exempt de toute ressemblance avec Ses créatures et Ses attributs ne sont pas du tout comme les leurs. Rien dans Ses attributs ne relève de l’imperfection caractéristique des attributs des créatures ; au contraire, à Lui reviennent les attributs parfaits et à Lui appartiennent les noms sublimes. Tout ce qui est susceptible de parvenir à ton esprit, Allah en est différent. Réaliser son incapacité à parvenir à connaître [la réalité de Allah] est en soi une connaissance, et chercher à atteindre la réalité du Seigneur est un acte d’association (chirk).

La croyance d’ al-Azhar ach-Charif est conforme à la croyance ach’arite qui est la croyance des Sunnites (Ahlou s-sounnah wal-jama’ah). Les maîtres ach’arites, que Allah les agrée et les comble, constituent la majorité des savants de la communauté. Ce sont eux qui ont réfuté les fausses allégations des impies et consorts. Ce sont eux qui, au fil de notre histoire, se sont attachés au Qour’an et à la Sounnah de notre maître Mouhammad – sallallaahou ‘alayhi wa sallam  –. Quiconque les rend mécréants ou les accuse d’égarement, sa religion est en péril. Al-Hafidh ibn ‘Asakir, que Allah lui fasse  miséricorde, dit dans son ouvrage « Tabyin kadhib al-muftâri fima nusiba ila l-imam Abi al-Hasan al-Ash’ari » : « Sache, puisse Dieu nous accorder Son agrément et nous accepter parmi ceux qui Le craignent et Le redoutent comme il se doit, que la chair des savants est vénéneuse [Ceci est une allusion au fait que le Prophète, sallallaahou ‘alayhi wa sallam, a comparé le fait de parler en mal de son frère musulman au fait de manger de sa chair. Donc l’image est pour dire celui qui parle en mal des savants s’empoisonne lui-même, car c’est comme s’il mangeait de la chair empoisonnée] . Par une loi divine bien connue, ceux qui les dénigrent sont honnis. Quiconque les diffame sera éprouvé par la mort de son coeur avant son décès. » Al-Azhar ach-Charif a toujours été le phare du savoir et de la religion à travers l’histoire Islamique. Cet éminent édifice constitue le plus grand centre scientifique que la communauté a connu, après les premiers siècles privilégiés. Dieu en a fait une cause pour préserver la religion contre les détracteurs et les incrédules. Celui qui dénigre la croyance d’al-Azhar s’expose à un grand péril et il est à craindre qu’il soit du nombre des khawarij ou des fauteurs de troubles dont Dieu dit : « Certes, si les hypocrites, ceux qui ont la maladie au coeur, et les alarmistes (semeurs de troubles) à Médine ne cessent pas, Nous t’inciterons contre eux, et alors, ils n’y resteront que peu de temps en ton voisinage. » [2]

Allâh – exalté soit-Il – sait plus que tout autre.

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[1]sourate 20, Taha, verset 5. Le terme istiwa possède plus d’une dizaine de sens en arabe et dans cette sourate, le terme istiwa peut signifier « dominer », « préserver » ou « maintenir en existence », et non pas « s’établir ».

[2]sourate 33, al-Ahzab, verset 60.

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Points à retenir de cet article:

  • Il s’agit de la réponse du Conseil de fatwa de l’Université al-Azhar au Caire qui répond sans aucune équivoque que la croyance des musulmans est que Dieu existe sans endroit.
  • L’Université al-Azhar fait partie de nos plus grandes universités  d’enseignement sunnite.  C’est environ un siècle après la conquête d’Egypte par le sultan sunnite Salahou d-Dine al-Ayyoubi  en 567 AH, que la mosquée du centre ville du Caire, appelée al-Azhar (qui avait été construite à l’origine  en 361AH de l’Hégire), est vraiment devenue un centre d’enseignement sunnite. Elle n’a fait que grandir depuis.
  • Parmi nos grands savants qui ont enseigné à al-Azhar il y a:
    • Ibn Khaldoun (m.808 AH) l’historien et juge malikite, a enseigné à al-Azhar à partir de 784 AH.
    • Ibn Hajar al-Asqalani (m.852 AH), le grand commentateur de Sahih al-Boukhari, avait, entre autres responsabilités, celles d’enseignant et d’imam à la mosquée d’al-Azhar.
    • Zakariyya al-Ansari (m.926 AH), le grand savant chafiite, qui était appelé Chaykh al-Islam de son vivant, a enseigné  à al-Azhar pendant longtemps, et il a même éduqué trois générations de savants. Allah lui a accordé une longue vie, il est mort à 101 ans ma cha ALLAH
    • Ibn Hajar al-Haytami (m.974 AH), le grand savant chafiite,  a étudié à al-Azhar sous la direction de Zakariyya al-Ansari (m.926 AH). Plusieurs de ses enseignants étaient des étudiants de Ibn Hajar al-Asqalani ou de al-Souyouti.
    • Chamsou d-Din al-Ramli (m.1004 AH) , le grand savant chafiite connu pour son livre Nihayat al-Mouhtaj ila charh al-Minhaj, qui est un volumineux commentaire du livre de fiqh écrit par l’imam an-Nawawi intitulé Minhaj at-Taalibeen. Il a enseigné à al-Azhar à partir de 957AH, jusqu’à sa mort en 1004.
    • Mouhammad ibn Abd al-Baqi’ al-Zourqani (m.1122AH/ 1710 CE), grand savant malikite, a enseigné fiqh et hadith à al-Azhar presque toute sa vie, et il est resté célèbre pour son commentaire de al-Mouwatta (recueil de hadith de l’imam Malik)
    • Shaykh Ibrahim ibn Mouhammad al-Bajouri al-Chafii (m.1277 AH /1860 CE) a été le Grand Chaykh de al-Azhar de 1847 à sa mort en 1860.
    • Mouhammad ibn Ahmad al-Illaych (m.1299 AH/ 1882 CE), le célèbre Moufti Malikite d’Egypte, a étudié à al-Azhar puis y a enseigné à partir de 1232 AH jusqu’à sa mort.
    • Mahmoud Mouhammad Khattab as-Soubki al-Azhari (m.1352 AH) a étudié puis enseigné à al-Azhar jusqu’à sa mort, au point qu’il été surnommé « al-Azhari », que Allah lui fasse miséricorde.
    • Et d’autres…!
  • Conclusion: ne prêtez aucune attention à ceux qui disent que la croyance selon laquelle Dieu existe sans être limité par un endroit n’est pas correcte. On voit bien de cette fatwa que  le fait que Dieu existe sans endroit a toujours été la croyance des musulmans! !
cela a toujours été le cas chez les musulmans

Imam Ibn Asakir explique la croyance de l’imam Achari: Dieu existe sans endroit

Page 150 de TabyinPage 150 de Tabyin

Dans son livre spécialisé autour de l’imam al-Achari, l’imam Ibn Açakir dit, p.150

De même, les « Najjariyah » disent que le Créateur, qu’Il soit exalté, est dans tous les endroits sans qu’Il soit diffus et sans direction, tandis que les « hashawiyyah » et les « mujassimah » disent qu’Il est présent sur le Trône, que le Trône est son endroit, et qu’Il est assis dessus. Quant à lui [l’imam al-Ash’ari], il a choisi une voie qui est entre les deux, et il a dit que Dieu existait alors qu’il n’y avait pas d’endroit, puis Il a créé le Trône et le « koursiyy ». Il n’a pas besoin de l’endroit, et Il est, après avoir créé l’endroit, tel qu’Il était avant de l’avoir créé.

Points à retenir de cette citation:

  • L’imam Ibn Asakir est mort en 571 de l’Hégire, soit il y a plus de 800 ans.
  • Il explique la croyance de l’imam al-Achari sur ce point, qui est que Dieu n’a pas besoin d’endroit.

Le traité de croyance de Ibn Asakir

Première page du traité de Ibn AsakirDeuxième page du traité de Ibn Asakir
L’imam Fakhr al-Din Ibn Asakir a dit :

Sache, que Allah nous guide ainsi que toi-même, qu’il est un devoir pour chaque personne responsable de savoir que Allah azza wa jall est unique dans Sa souveraineté.

Il a créé l’univers dans sa totalité, le monde supérieur et le monde inférieur, le Trône (al-arch)et le Piédestal (al-koursi), , les cieux et la Terre, ce qu’ils contiennent et ce qui se trouve entre eux.

Toutes les créatures sont dominées par Sa puissance, la plus petite particule ne bouge que par Sa volonté. Nul ne régit la création avec Lui et Il n’a pas d’associé dans Sa souveraineté.

Il est Al-Hayy, le Vivant, Al-Qayyoum, Celui Qui ne s’anéantit pas, Il n’est touché ni par la somnolence ni par le sommeil.

Il sait les choses cachées et les choses apparentes, rien ne Lui échappe dans la Terre et dans le ciel. Il sait ce qui est dans la terre et ce qui est dans la mer. Aucune feuille ne tombe sans qu’Il ne le sache. Il n’est pas une graine dans les ténèbres de la terre, ni une plante verte ou desséchée sans que cela ne soit inscrit dans la Tablette Préservée (Al-lawhou l-mahfoudh), . Allah englobe toute chose par Sa science et dénombre toute chose parfaitement.

Il fait ce qu’Il veut. Il est le Tout-Puissant, Celui Qui réalise ce qu’Il veut.

Il a la souveraineté, Il n’a nul besoin d’autrui.

Il a la toute-puissance et la non-fin.

Il a la prédestination et la création.

Il a les noms parfaits.

Rien ne s’oppose à ce qu’Il prédestine et rien ne prive de ce qu’Il donne.

Il fait ce qu’Il veut de ce qui Lui appartient et Il légifère pour Sa création par ce qu’Il veut.

De Ses créatures, Il n’attend aucun bien ni ne craint aucun mal.

Il n’a pas d’obligation et n’est assujetti à aucune loi.

Tout bienfait de Sa part est par Sa grâce, et tout châtiment de Sa part n’est que justice. On ne questionne pas Allah sur ce qu’Il fait mais Ses esclaves, eux, le seront.

Il existe de toute éternité avant la création, sans début ni fin, sans haut ni bas, sans droite ni gauche, sans avant ni arrière. Il n’est ni composé, ni un composant.

On ne dit pas : quand a-t-Il existé ? ni : où était-Il ? ni : comment ?

Il existe de toute éternité alors qu’aucun endroit n’existe de toute éternité. Il a fait exister les êtres et Il a établi le temps. Il ne dépend pas du temps et il n’est pas spécifié par l’endroit. Aucune chose ne L’accapare au détriment d’une autre. Aucune imagination ne peut l’atteindre et aucune raison ne peut Le cerner. Il n’est pas spécifiable par l’intellect et Il ne s’identifie pas à travers les passions, Il ne se représente pas dans les illusions et Il ne Lui est pas donné de comment par la raison, les imaginations et les pensées ne l’atteignent pas.

Rien n’est tel que Lui et Il est Celui Qui entend et Qui voit. (Layça kamithlihi chay’oun wa houwa s-Sami’ou l-Basir)

Points à retenir de cette citation:

  • L’imam Fakhr al-Din Ibn Asakir est mort en 620 de l’Hégire soit il y a environ 800 ans. Il est le neveu du Hafidh Ibn Asakir qui a écrit Tarikh Dimashq et Tabyin Kadhib al-Mouftari, et qui est mort en 571 de l’Hégire.
  • C’était un grand savant chafi’ite , il était même le chaykh des Chafi’ites de Damas et enseignait à ce titre dans plusieurs madrasas.
  • Dedans il dit clairement : Laa you qaalou mata kaan, wa ayna kaan aw kayf, ce qui signifie: « On ne dit pas, au sujet de ALLAH: « Quand était-Il, ou Où était-il, ou comment?« .